Cession d'actifs en LJ classique : procédure et pièges

Cession d'actifs en LJ classique : procédure et pièges

Cession d'actifs en LJ classique L642-18 à L642-20 — vente au plus offrant, juge-commissaire, dérogation L1224-1, stratégie repreneur.

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Julie Cordonnier
8 mai 2026 · 9 min
Sommaire· 30
  1. Cession d'actifs vs plan de cession globale : la différence fondamentale
  2. Voie 1 : plan de cession globale (L642-1 et s.)
  3. Voie 2 : cession d'actifs isolés (L642-18 et s.)
  4. Comparaison
  5. Le cadre juridique : articles L642-18 à L642-20
  6. L642-18 : vente des immeubles
  7. L642-19 : vente des autres actifs
  8. L642-20 : exclusions et dérogations
  9. L'article L1224-1 et la dérogation en cession isolée
  10. Le principe : pas d'entité économique transférée
  11. Le sort des salariés
  12. Les cas-limites
  13. Comment se déroule une cession d'actifs en pratique
  14. Étape 1 : publication du cahier des charges
  15. Étape 2 : analyse du dossier et préparation de l'offre
  16. Étape 3 : dépôt de l'offre
  17. Étape 4 : décision du juge-commissaire
  18. Étape 5 : exécution de la vente
  19. Cas typiques d'opportunités en cession d'actifs
  20. Cas 1 : récupération de matériel à coût réduit
  21. Cas 2 : acquisition d'un fonds de commerce avec bail commercial
  22. Cas 3 : achat d'incorporels (marque, brevet, fichier)
  23. Cas 4 : immobilier en zone tendue
  24. Erreurs courantes en cession d'actifs
  25. Erreur 1 : sous-estimer les frais annexes
  26. Erreur 2 : ignorer l'état réel des actifs
  27. Erreur 3 : croire que L1224-1 est dérogé automatiquement
  28. Erreur 4 : oublier l'éligibilité L642-20
  29. Erreur 5 : négliger le bail commercial
  30. Conclusion

La cession d'actifs isolés en liquidation judiciaire classique est une voie de reprise distincte du plan de cession globale. Régie par les articles L642-18 à L642-20 du Code de commerce, elle permet d'acquérir des éléments précis du patrimoine d'une entreprise en LJ — matériel, fonds de commerce, immobilier, brevets — sans reprendre l'entreprise comme un tout. Pour un repreneur déjà installé qui veut récupérer un parc à coût réduit, c'est une opportunité ciblée.

Article informatif. Ce contenu décrit la procédure de cession d'actifs isolés en LJ sur la base des textes officiels (articles L642-18 à L642-20 du Code de commerce). L'analyse d'un dossier précis et la rédaction d'une offre nécessitent l'intervention d'un avocat spécialisé en procédures collectives.

Cession d'actifs vs plan de cession globale : la différence fondamentale#

C'est la distinction structurante de la liquidation judiciaire. Deux voies coexistent :

Voie 1 : plan de cession globale (L642-1 et s.)#

L'entreprise est cédée comme un tout — équipe, contrats, activité, périmètre intégré. Cette voie est ouverte uniquement en LJ avec poursuite d'activité (LJPA, L641-10) ou en RJ avec plan de cession (L631-22). Elle est traitée dans notre guide sur la LJPA et l'article L641-10.

Voie 2 : cession d'actifs isolés (L642-18 et s.)#

Le patrimoine de l'entreprise est cédé par lot ou article par article, au plus offrant, sans transfert d'entité économique autonome. C'est la voie standard de la LJ classique (sans poursuite d'activité). C'est l'objet du présent guide.

Comparaison#

| Aspect | Plan de cession globale (L642-1) | Cession d'actifs isolés (L642-18 et s.) | |---|---|---| | Nature | Cession d'entreprise comme un tout | Vente d'éléments du patrimoine | | Procédure | LJPA (L641-10) ou RJ avec plan (L631-22) | LJ classique sans poursuite | | Décideur | Tribunal (jugement de cession) | Juge-commissaire (ordonnance) | | Audience | Publique | Pas d'audience publique en principe | | Critère | Emploi + paiement créanciers + garanties (L642-1) | Plus offrant (prix) | | L1224-1 (salariés) | S'applique en principe | Ne s'applique généralement pas | | Calendrier | 3-12 mois selon procédure | 1-3 mois | | Pour le repreneur | Reprend une entreprise vivante | Achète des actifs |

Pour la nuance entre LJ classique et LJ simplifiée (procédure allégée pour les TPE), voir notre guide LJ simplifiée vs LJ standard.

Le cadre juridique : articles L642-18 à L642-20#

L642-18 : vente des immeubles#

L'article L642-18 du Code de commerce régit la vente des biens immobiliers appartenant à l'entreprise en liquidation. Trois modalités possibles :

  • Vente aux enchères par adjudication judiciaire devant le juge-commissaire ou un juge délégué
  • Vente de gré à gré sur autorisation expresse du juge-commissaire (modalité plus rapide)
  • Vente avec faculté de réméré (rare, sur conditions strictes)

Le juge-commissaire fixe les conditions de la vente et le prix de réserve. La cession est ensuite formalisée par un acte authentique notarié, comme toute vente immobilière.

L642-19 : vente des autres actifs#

L'article L642-19 régit la vente des biens mobiliers : matériel, mobilier, stocks, véhicules, fonds de commerce, marques, brevets, parts sociales, créances, etc.

Le juge-commissaire :

  • Recueille les observations du débiteur, du contrôleur s'il existe, du liquidateur et du procureur
  • Fixe les modalités de la vente (gré à gré ou enchères)
  • Statue par ordonnance sur la cession

L'absence d'audience publique en principe rend la procédure plus rapide mais aussi moins visible pour les repreneurs potentiels — d'où l'importance d'une veille active sur les cahiers des charges publiés par les liquidateurs.

L642-20 : exclusions et dérogations#

L'article L642-20 étend les exclusions de l'article L642-3 (débiteur, dirigeants, parents/alliés 2e degré, contrôleurs) aux cessions d'actifs isolés.

Dérogation possible (al. 2) : « Toutefois, le tribunal peut autoriser, sur requête du ministère public, par un jugement spécialement motivé, la cession au profit d'une des personnes visées au premier alinéa, lorsque celle-ci permettrait une réalisation des actifs dans des conditions plus favorables aux créanciers. »

Cette dérogation est plus large que celle de L642-3 al. 2 (exploitations agricoles uniquement). En cession d'actifs isolés, la dérogation peut donc s'appliquer à toute opération si l'absence d'autre offre nuirait aux créanciers.

L'article L1224-1 et la dérogation en cession isolée#

Le principe : pas d'entité économique transférée#

L'article L1224-1 du Code du travail prévoit le transfert automatique des contrats de travail en cas de cession d'une entité économique autonome. Cette condition suppose un ensemble organisé de personnes et d'éléments poursuivant un objectif propre, conservant son identité après le transfert.

En cession d'actifs isolés :

  • Vous achetez du matériel sans l'équipe qui le faisait fonctionner → pas d'entité
  • Vous achetez un fonds de commerce sans activité (LJ sans poursuite) → pas d'entité
  • Vous achetez des brevets et marques seuls → pas d'entité

Dans ces cas, L1224-1 ne s'applique pas. Le repreneur récupère les actifs sans les contrats de travail.

Le sort des salariés#

Les salariés non transférés sont licenciés par le liquidateur dans le cadre de la procédure de l'article L1233-58 du Code du travail (licenciement collectif en LJ). Les indemnités (légales ou conventionnelles, préavis) sont prises en charge par l'AGS (Association pour la Gestion du régime de garantie des créances des Salariés), dans les limites des plafonds annuels. Aucun coût social pour le repreneur sur les salariés non repris.

Les cas-limites#

La frontière entre cession d'actifs et transfert d'entité économique autonome peut être mince. Cas problématiques :

  • Vous achetez matériel + bail commercial + fichier client dans la même opération → un juge peut requalifier en transfert d'entité économique
  • Vous achetez un fonds de commerce avec maintien temporaire de l'activité par le liquidateur → entité économique transférée
  • Vous embauchez plusieurs anciens salariés rapidement après l'acquisition → indice de transfert d'entité

En cas de requalification post-acquisition, vous pouvez être tenu de reprendre des contrats de travail non prévus, avec ancienneté et conditions transférées. Risque caché majeur — pour le détail, voir notre guide des 12 risques cachés à la barre et notre guide complet sur le transfert L1224-1.

Comment se déroule une cession d'actifs en pratique#

Étape 1 : publication du cahier des charges#

Le liquidateur publie un cahier des charges détaillant :

  • La liste des actifs à céder (par lot ou par catégorie)
  • Le prix de réserve éventuel (montant minimum d'acquisition)
  • Les modalités de vente (gré à gré ou enchères)
  • Le délai de dépôt des candidatures
  • Les conditions particulières (visite du site, accès à l'inventaire, restriction sur l'usage)

La publication se fait via :

  • Annonces officielles sur les sites des cabinets de mandataires/liquidateurs
  • BODACC pour les ventes les plus importantes
  • Plateformes spécialisées (Pappers, Interencheres pour le mobilier, etc.)
  • Plateformes comme JeSuisRepreneur pour la veille active

Étape 2 : analyse du dossier et préparation de l'offre#

Le repreneur potentiel :

  • Demande la consultation de l'inventaire détaillé au liquidateur
  • Visite physique des locaux pour évaluer l'état des actifs
  • Vérifie l'éligibilité au regard de L642-20 (exclusions L642-3)
  • Calcule l'offre en intégrant les frais annexes (transport, mise aux normes, remise en état)
  • Sécurise le financement (souvent cash pour les ventes par enchères)

Étape 3 : dépôt de l'offre#

L'offre est adressée au liquidateur dans le délai du cahier des charges. Format :

  • Identité du candidat (avec vérification éligibilité)
  • Liste précise des actifs que l'offre couvre
  • Prix proposé (ferme et inconditionnel)
  • Modalités de paiement (cash à la signature généralement)
  • Calendrier de prise de possession souhaitée

Étape 4 : décision du juge-commissaire#

Le juge-commissaire examine les offres reçues, recueille les observations du débiteur, du contrôleur s'il existe, du liquidateur et du procureur, et statue par ordonnance :

  • Acceptation de l'offre la plus avantageuse (généralement la plus chère)
  • Rejet si offres insuffisantes ou conditions non satisfaites
  • Demande de précisions ou nouvelle consultation

L'ordonnance est notifiée aux parties et inscrite au RCS pour les transactions concernées.

Étape 5 : exécution de la vente#

Pour les biens mobiliers, l'acte de vente est généralement simple et rapide : signature, paiement, prise de possession dans les jours suivants.

Pour les biens immobiliers (L642-18), exigences de forme notariée : acte authentique, publication au service de la publicité foncière, paiement des droits d'enregistrement.

Le « plus offrant » ne signifie pas toujours « offre la plus chère ». Le juge-commissaire peut privilégier une offre légèrement inférieure mais plus rapide à exécuter ou plus crédible financièrement, surtout si plusieurs lots sont vendus simultanément et qu'une offre globale crée de la cohérence. À vérifier dans le cahier des charges spécifique.

Cas typiques d'opportunités en cession d'actifs#

Cas 1 : récupération de matériel à coût réduit#

Vous reprenez ou développez une activité similaire, et la possibilité de racheter du matériel professionnel à 30-60 % de sa valeur d'usage justifie l'opération. Particulièrement vrai dans le BTP, l'industrie légère, la restauration (cuisine professionnelle), l'imprimerie, les ateliers spécialisés.

Cas 2 : acquisition d'un fonds de commerce avec bail commercial#

Une boulangerie, un commerce de proximité, un coiffeur en LJ sans poursuite d'activité. Le bail commercial est l'actif principal — sa cession via L642-7 + l'achat du matériel + la prise de possession des locaux peut faire émerger un projet commercial viable. Voir notre guide complet sur le bail commercial en cession à la barre.

Cas 3 : achat d'incorporels (marque, brevet, fichier)#

Pour un acquéreur déjà installé dans le secteur, racheter une marque locale connue, un brevet exploitable, un fichier client dans une LJ permet de consolider sans payer le prix d'une cession globale. Souvent peu de concurrence sur ces actifs spécifiques.

Cas 4 : immobilier en zone tendue#

Achat d'un immeuble d'exploitation (atelier, entrepôt, local commercial) en LJ. Vente par adjudication judiciaire (L642-18) avec mise à prix souvent inférieure à la valeur de marché. Stratégie d'investissement immobilier patrimonial.

Erreurs courantes en cession d'actifs#

Erreur 1 : sous-estimer les frais annexes#

Le prix d'achat n'est qu'une partie du coût total. Comptez 20-50 % en plus pour : transport et démontage, mise aux normes, remise en état, droits d'enregistrement (pour l'immobilier), formalités notariales. Le prix LJ est rarement le coût total réel.

Erreur 2 : ignorer l'état réel des actifs#

L'inventaire mentionné dans le cahier des charges peut différer de l'état physique. Visite obligatoire avant offre. Vérifier le fonctionnement du matériel, l'état d'entretien, les pièces manquantes éventuelles.

Erreur 3 : croire que L1224-1 est dérogé automatiquement#

Comme expliqué ci-dessus, la dérogation L1224-1 dépend de l'absence d'entité économique transférée. Si vous achetez plusieurs actifs cohérents (matériel + bail + fichier client), un juge peut requalifier. Risque réel à anticiper avec un avocat spécialisé.

Erreur 4 : oublier l'éligibilité L642-20#

Les exclusions L642-3 s'appliquent par renvoi de L642-20. Vérifier votre éligibilité avant tout engagement.

Erreur 5 : négliger le bail commercial#

Si l'opération inclut un local en location, vérifier les conditions de transfert du bail avec le bailleur AVANT le dépôt de l'offre. Sans accord du bailleur ou imposition par le tribunal (L642-7), la cession du bail peut tomber, fragilisant tout le projet. Voir notre guide complet sur les baux commerciaux en cession à la barre.

Conclusion#

La cession d'actifs isolés en LJ classique est une voie de reprise distincte du plan de cession globale. Régie par les articles L642-18 à L642-20 du Code de commerce, elle se caractérise par une vente au plus offrant pilotée par le juge-commissaire par ordonnance, sans audience publique en principe. Le délai (1-3 mois) est plus court qu'un plan de cession globale.

Pour le repreneur, c'est une opportunité ciblée : récupération de matériel à coût réduit, acquisition d'un fonds de commerce avec bail, achat d'incorporels, investissement immobilier. L'absence d'application générale de l'article L1224-1 (pas d'entité économique transférée) signifie pas de reprise des contrats de travail, mais le risque de requalification existe pour les opérations cohérentes complexes.

Pour comprendre l'écosystème complet du parcours barre, consultez la pillar page de la reprise à la barre.

Questions fréquentes

  • C'est la vente d'éléments précis du patrimoine de l'entreprise (matériel, fonds de commerce, immobilier, brevets) en LJ classique, par lot ou article par article, plutôt que la cession globale de l'entreprise. Régie par les articles L642-18 à L642-20 du Code de commerce, elle se fait au plus offrant, généralement par voie d'enchères ou d'appel d'offres.

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