LJPA et plan de cession : article L641-10 expliqué

LJPA et plan de cession : article L641-10 expliqué

LJPA, fenêtre L641-10, plan de cession L642-1, éligibilité L642-3, bail L642-7 — guide juridique pour repreneurs.

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Julie Cordonnier
8 mai 2026 · 13 min
Sommaire· 21
  1. Qu'est-ce qu'une LJPA exactement ?
  2. LJPA vs LJ classique : différence fondamentale
  3. L'article L641-10 — la fenêtre de poursuite d'activité
  4. Les conditions d'ouverture
  5. La durée maximale
  6. La désignation d'un AJ supplémentaire
  7. Êtes-vous éligible pour déposer une offre ?
  8. La dérogation possible
  9. Plan de cession globale : la mécanique L642-1
  10. Les critères de l'article L642-5
  11. Sort des salariés : L1224-1 et licenciements autorisés
  12. Sort du bail commercial (L642-7)
  13. Sort des contrats en cours (L641-11-1)
  14. Calendrier type d'une LJPA
  15. Comment détecter une LJPA dans le BODACC
  16. Pourquoi la LJPA est sous-cotée par les repreneurs
  17. Le prepack cession en LJPA
  18. Le cadre juridique du prepack
  19. Comment détecter un prepack ?
  20. Stratégie face à un prepack
  21. Conclusion

La liquidation judiciaire avec poursuite d'activité (LJPA) est l'un des contextes les plus favorables pour un repreneur sur la barre du tribunal. L'article L641-10 du Code de commerce permet au tribunal d'ouvrir une fenêtre de quelques mois pendant laquelle l'activité de l'entreprise est maintenue — équipe en place, contrats vivants, clients servis — pour permettre une cession globale plutôt qu'une vente d'actifs isolés. Comprendre cette mécanique juridique, ainsi que les exclusions et les nuances pratiques, est essentiel.

Article informatif. Ce contenu décrit la mécanique générale de la LJPA et de l'article L641-10 du Code de commerce sur la base des textes officiels. Il ne se substitue pas à la consultation d'un avocat spécialisé en procédures collectives, indispensable pour analyser un dossier précis. Les nuances jurisprudentielles peuvent changer le sort d'une opération.

Qu'est-ce qu'une LJPA exactement ?#

La liquidation judiciaire avec poursuite d'activité est une faculté ouverte au tribunal par l'article L641-10 du Code de commerce. Elle est ouverte lorsque la liquidation judiciaire est prononcée mais que le tribunal estime que l'activité peut être maintenue temporairement, en vue notamment d'une cession globale.

Point juridique important : la poursuite d'activité n'est pas automatique en LJ. Le tribunal peut ouvrir une LJ « simple » (sans poursuite) quand l'activité est trop dégradée ou qu'aucune cession n'apparaît envisageable. La LJPA suppose une décision motivée et un examen au cas par cas.

L'article L641-10 alinéa 1 dispose que le tribunal peut autoriser la poursuite « s'il apparaît qu'une cession totale ou partielle est susceptible d'être envisagée », ou si l'intérêt public ou des créanciers le commande.

LJPA vs LJ classique : différence fondamentale#

Cette distinction conditionne tout le reste.

| Aspect | LJ classique | LJPA (avec plan de cession) | |---|---|---| | Maintien de l'activité | Aucun — arrêt à l'ouverture | Oui, pendant la fenêtre L641-10 | | Nature de la cession | Vente d'actifs isolés (L642-18 et s.) | Plan de cession globale (L642-1 et s.) | | Article L1224-1 (transfert salariés) | Ne s'applique généralement pas en cession d'actifs sans entité économique | S'applique en principe, sauf licenciements autorisés par le tribunal (L631-19 par renvoi) | | Décideur de la cession | Juge-commissaire par ordonnance (L642-19) | Tribunal par jugement de cession | | Audience | Ordonnance du juge-commissaire (sans audience publique en principe) | Audience publique du plan de cession | | Durée de la fenêtre PA | — | 3 mois + 3 mois (max 6 mois en pratique) | | Pour le repreneur | Achète des actifs | Reprend une entreprise en activité |

C'est cette différence — actifs isolés vs entreprise vivante — qui fait toute la valeur de la LJPA pour un repreneur préparé. Pour le détail des autres procédures, voir notre guide complet liquidation, redressement, sauvegarde.

L'article L641-10 — la fenêtre de poursuite d'activité#

Les conditions d'ouverture#

L'article L641-10 du Code de commerce autorise le tribunal à maintenir l'activité dans deux hypothèses :

  1. Lorsqu'une cession totale ou partielle est susceptible d'être envisagée
  2. Lorsque l'intérêt public ou celui des créanciers le commande

La première hypothèse est la plus fréquente en pratique. Pour le repreneur, la lecture du jugement permet d'identifier laquelle a motivé la décision.

La durée maximale#

L'article L641-10 fixe une durée initiale qui ne peut excéder 3 mois. Une prolongation par décision motivée du tribunal est possible, également limitée à 3 mois, sur rapport du liquidateur ou de l'administrateur, après avoir entendu le ministère public.

La lecture combinée donne donc une durée maximale pratique de 6 mois. Le texte applicable peut varier selon les versions (réformes 2014, 2021) : votre avocat vérifiera la rédaction en vigueur à la date du jugement de votre dossier.

La désignation d'un AJ supplémentaire#

L'article L641-10 du Code de commerce impose au tribunal de désigner un administrateur judiciaire en plus du liquidateur lorsque les seuils prévus à l'article R621-11 du Code de commerce sont cumulativement franchis :

  • Effectif ≥ 20 salariés ET
  • Chiffre d'affaires ≥ 3 millions d'euros HT

Important : les deux conditions doivent être réunies (ET cumulatif, pas OU). Une PME de 25 salariés mais 1 M€ de CA n'aura pas d'AJ désigné automatiquement.

La désignation est également obligatoire pour certains débiteurs (professions libérales, etc.). En dessous des seuils, le liquidateur peut piloter seul ; le tribunal conserve toutefois la faculté discrétionnaire de désigner un AJ s'il le juge opportun (complexité de l'activité, nombre de salariés bien au-dessus de 20 sans atteindre le seuil de CA, etc.).

À vérifier dans le jugement : l'identité du liquidateur ET de l'administrateur judiciaire (si désigné). Vous communiquerez avec les deux. L'AJ porte la responsabilité opérationnelle de la poursuite d'activité ; le liquidateur pilote la procédure de liquidation. Mentionner les deux dans votre lettre de manifestation d'intérêt — voir notre guide de la lettre AJ avec modèle.

Êtes-vous éligible pour déposer une offre ?#

C'est le premier point juridique à vérifier, avant même d'engager une lettre AJ. L'article L642-3 du Code de commerce liste les personnes exclues du dépôt d'offre :

  • Le débiteur (l'entreprise concernée elle-même)
  • Les dirigeants de droit ou de fait du débiteur
  • Leurs parents et alliés jusqu'au deuxième degré inclus
  • Les contrôleurs au sens de l'article L621-10 du Code de commerce

Cette exclusion est d'ordre public. Une offre déposée par une personne exclue est juridiquement irrecevable, peu importe la qualité du dossier.

La dérogation possible#

L'article L642-3 al. 2 prévoit une dérogation à titre exceptionnel pour les exploitations agricoles : le tribunal peut autoriser la cession à une personne visée à l'alinéa 1 (à l'exception des contrôleurs), sur requête du ministère public et par un jugement spécialement motivé, après avoir demandé l'avis des contrôleurs.

Cette dérogation ne s'applique pas hors exploitations agricoles. Si vous êtes dirigeant ou parent au 2e degré du débiteur dans un autre secteur, n'envisagez pas de candidature sans avoir préalablement consulté un avocat spécialisé pour évaluer la faisabilité juridique.

Note : il existe par ailleurs une dérogation distincte à l'article L642-20 pour les cessions d'actifs isolés en LJ classique en cas d'absence d'autre offre — mais cette dérogation ne concerne pas le plan de cession globale L642-1 traité ici.

Le degré de parenté se calcule selon le droit civil : parents (1er degré), grands-parents et enfants (2e degré pour la ligne directe), frères et sœurs (2e degré pour la ligne collatérale). Beaux-parents, beaux-frères entrent dans la catégorie des alliés. La règle est large : en cas de doute, faire vérifier par un avocat.

Plan de cession globale : la mécanique L642-1#

Pendant la fenêtre L641-10, le tribunal peut prononcer un plan de cession globale sur la base des articles L642-1 et suivants. C'est le mécanisme prévu pour les redressements judiciaires qui se déploie aussi en LJPA.

Les critères de l'article L642-5#

Le tribunal arbitre selon les critères posés par l'article L642-5 du Code de commerce, qui apprécie les offres au regard de :

  1. Leur capacité à assurer le plus durablement l'emploi attaché à l'ensemble cédé
  2. Le paiement des créanciers (incluant le prix proposé et les modalités)
  3. Les meilleures garanties d'exécution du projet (pérennité, crédibilité financière, expérience)

L'ordre n'est pas anodin : l'emploi est généralement le critère prédominant en pratique. Pour le détail de l'arbitrage entre offres concurrentes, voir notre guide de l'audience de cession à la barre.

Sort des salariés : L1224-1 et licenciements autorisés#

C'est l'un des points les plus mal compris de la LJPA. Deux mécanismes se combinent :

L'article L1224-1 du Code du travail prévoit le transfert automatique des contrats de travail en cas de cession d'une entité économique autonome. Il s'applique en principe au plan de cession globale L642-1.

Mais le tribunal peut autoriser des licenciements pour motif économique dans le périmètre social qu'il valide. La procédure de licenciement collectif applicable en cession est celle de l'article L631-19 du Code de commerce (applicable par renvoi à la cession en LJ). L'offre du repreneur précise le nombre de salariés repris, et le tribunal peut autoriser le licenciement des autres, généralement dans le mois suivant le jugement de cession.

Conséquence pour le repreneur : vous n'êtes pas obligé de reprendre 100 % des salariés. Vous proposez un périmètre social précis (liste nominative ou par fonction), et le tribunal arbitre entre votre offre et les concurrentes selon le critère de l'emploi maintenu. Plus vous reprenez de salariés, plus votre offre est valorisée — mais vous gardez la main sur le périmètre, dans le cadre de la procédure de licenciement collectif applicable.

Sort du bail commercial (L642-7)#

L'article L642-7 du Code de commerce permet au tribunal, dans le cadre du plan de cession, d'imposer la cession du bail commercial au repreneur, malgré les clauses contractuelles d'agrément, de non-cession ou d'interdiction.

Le bailleur conserve toutefois certains droits :

  • Demander un dépôt de garantie supplémentaire si le profil du repreneur l'inquiète
  • Maintenir le loyer et les conditions du bail (qui ne sont pas révisés à l'occasion de la cession)
  • S'opposer en cas de défaut de paiement antérieur grave (loyers impayés non régularisés avant ouverture)
  • Invoquer une atteinte aux droits d'un tiers (copropriété, voisinage, etc.)

En pratique, le tribunal accorde le transfert du bail dans la grande majorité des dossiers, mais une négociation préalable avec le bailleur est toujours recommandée pour sécuriser le dossier. Pour le détail, voir notre guide complet du bail commercial en cession à la barre.

Sort des contrats en cours (L641-11-1)#

L'article L641-11-1 du Code de commerce donne au liquidateur (ou à l'AJ s'il est désigné) la faculté d'exiger la continuation des contrats en cours (clients, fournisseurs, prestataires) ou d'y mettre fin. Cette faculté est précieuse pour préserver la valeur de l'entreprise pendant la fenêtre PA.

Pour le repreneur, l'inventaire des contrats critiques (top 10 clients, fournisseurs exclusifs, contrats de licence) doit être obtenu en data room. La cession globale L642-1 transfère les contrats que le tribunal autorise à transférer — pas tous automatiquement.

Calendrier type d'une LJPA#

Le calendrier est compressé. Voici la mécanique typique observée dans la pratique :

| Jour / Phase | Événement | |---|---| | J+0 | Jugement d'ouverture de LJ avec poursuite d'activité (BODACC) | | J+0 à J+30 | Désignation liquidateur + AJ si seuils R621-11 dépassés ; ouverture de la data room | | J+5 à J+30 | Lettre AJ et premiers contacts par les repreneurs | | J+15 à J+45 | Visites, due diligence flash en parallèle (voir guide DD) | | J+30 à J+60 | Date limite de dépôt des offres (variable selon dossier) | | J+60 à J+90 | Audience du plan de cession | | J+90 max (sauf prolongation) | Fin légale de la fenêtre L641-10 al. 2 (3 mois) | | J+90 à J+180 | Si prolongation L641-10 al. 3 : 2e fenêtre de 3 mois | | J+180 max | Fin légale de la fenêtre maximale combinée alinéas 2 et 3 |

Important : 3-6 mois est la durée de la fenêtre de poursuite d'activité, pas le calendrier total de la procédure. Le jugement de cession peut être prononcé pendant la fenêtre, mais l'exécution opérationnelle (transfert des actifs, signature de l'acte de cession, formalités) peut s'étaler au-delà.

Si aucune offre n'est déposée pendant la fenêtre L641-10, le tribunal bascule généralement vers une liquidation classique avec vente d'actifs isolés au plus offrant (L642-18 et s.). L'opportunité de plan de cession globale disparaît. D'où l'urgence d'identifier les LJPA dès la publication BODACC et d'engager rapidement le processus.

Comment détecter une LJPA dans le BODACC#

Trois indices à scanner dans une annonce BODACC :

  1. Mention explicite « avec maintien temporaire de l'activité » ou « avec poursuite d'activité » dans l'intitulé du jugement
  2. Référence à L641-10 dans le corps de l'annonce (parfois)
  3. Date de fin de poursuite mentionnée explicitement

Sur les bases de données enrichies (Pappers, JSR), un champ dateFinPoursuiteActivite est souvent présent pour faciliter la veille. Pour la méthode complète de lecture d'annonce, voir notre guide pour décoder une annonce BODACC et notre guide pour lire un jugement d'ouverture.

Pourquoi la LJPA est sous-cotée par les repreneurs#

Beaucoup de repreneurs novices voient « liquidation judiciaire » et passent leur chemin, croyant à une vente d'actifs à froid. Mais une LJPA est juridiquement très différente d'une LJ classique — c'est une opportunité de reprise d'entreprise vivante comparable à une cession en RJ avec plan de cession L631-22. Filtrer le BODACC en cherchant explicitement « LJPA », « avec maintien d'activité » ou « L641-10 » fait souvent émerger des dossiers que les concurrents ratent.

Le prepack cession en LJPA#

Le cadre juridique du prepack#

Contrairement à ce que le terme anglais suggère, le prepack cession en France n'est pas informel. Il s'inscrit dans les procédures de prévention prévues par les articles L611-3 et suivants du Code de commerce :

  • Mandat ad hoc (L611-3 et s.) : procédure confidentielle où un mandataire est désigné par le président du tribunal pour aider le dirigeant à surmonter ses difficultés
  • Conciliation (L611-4 et s.) : procédure également confidentielle, plus formalisée, qui peut déboucher sur un accord avec les principaux créanciers

Pendant l'une de ces procédures, le mandataire ou conciliateur peut organiser la recherche d'un repreneur. Lorsque la conciliation échoue ou ne suffit pas, l'ouverture d'une procédure collective (RJ ou LJ avec PA) permet de finaliser la cession dans un cadre formel.

Comment détecter un prepack ?#

Plusieurs signaux faibles au moment du jugement :

  • Délai très court entre jugement et date limite de dépôt des offres (< 4 semaines)
  • Mention dans le jugement d'un projet de cession « en cours d'élaboration » ou d'une « recherche de repreneur ayant été engagée »
  • Réponse du liquidateur ou de l'AJ lors du premier contact mentionnant que « plusieurs candidats sont positionnés » (vous n'aurez pas plus de détails)
  • Délai entre la conciliation/mandat ad hoc (visible parfois dans les antécédents au RCS) et le jugement court (< 6 mois)

Stratégie face à un prepack#

Si vous suspectez un prepack, le go/no-go dépend de votre marge de différenciation. Sur les prepacks bien préparés, le repreneur en place a 3-6 mois d'antériorité de connaissance du dossier. Vos chances de l'évincer sont faibles sauf offre nettement supérieure sur les critères L642-5 (notamment le maintien durable de l'emploi). Mieux vaut concentrer les efforts sur d'autres dossiers ouverts en LJPA sans prepack.

Conclusion#

La LJPA est l'un des scénarios les plus favorables pour un repreneur à la barre : entreprise vivante, plan de cession globale possible, transfert des contrats utiles, application de L1224-1 sur les salariés (avec faculté de licenciements autorisés via L631-19 par renvoi), bail commercial cessible (L642-7), arbitrage du tribunal selon L642-5. Mais le calendrier compressé (3 à 6 mois maximum, fenêtre L641-10) impose une réactivité et une préparation rares.

Avant tout engagement, vérifiez votre éligibilité au regard de l'article L642-3 (vous n'êtes ni dirigeant, ni parent/allié au 2e degré du débiteur, ni contrôleur). Cette vérification est le point de blocage juridique principal sur les dossiers où le repreneur a un lien préexistant avec l'entreprise cible.

Cet article est volontairement factuel et juridiquement référencé sur les textes du Code de commerce. Pour appliquer ces règles à un dossier précis (analyse de votre éligibilité, négociation du périmètre social, transfert du bail, anticipation des contrats critiques), consultez systématiquement un avocat spécialisé en procédures collectives. Les nuances jurisprudentielles peuvent changer le sort d'un dossier.

Pour comprendre l'écosystème complet du parcours barre, consultez la pillar page de la reprise à la barre.

Questions fréquentes

  • La LJPA (liquidation judiciaire avec poursuite d'activité) est une faculté ouverte au tribunal par l'article L641-10 du Code de commerce. Elle permet, lorsqu'une cession totale ou partielle est envisageable, de maintenir temporairement l'activité de l'entreprise. La poursuite n'est pas automatique en LJ&nbsp;: elle suppose une décision motivée du tribunal.

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