Article L642-2 : les 8 mentions obligatoires de l'offre

Article L642-2 : les 8 mentions obligatoires de l'offre

L642-2 — désignation des biens, prix, emploi, garanties : checklist détaillée des mentions obligatoires de l'offre de reprise.

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Julie Cordonnier
8 mai 2026 · 11 min
Sommaire· 42
  1. Pourquoi l'article L642-2 est central
  2. Le texte de l'article L642-2
  3. Mention 0 : l'identité du candidat (préalable juridique)
  4. Mention 1 : désignation précise des biens, droits et contrats
  5. Les actifs corporels
  6. Les actifs incorporels
  7. Les contrats inclus
  8. Les contrats exclus
  9. Mention 2 : prévisions d'activité et de financement
  10. Prévisions d'activité (business plan synthétique)
  11. Prévisions de financement (plan de financement)
  12. Mention 3 : prix offert et modalités de règlement
  13. Le prix
  14. Les modalités de règlement
  15. Qualité des apporteurs de capitaux
  16. Conditions d'emprunt si applicable
  17. Mention 4 : date de réalisation de la cession
  18. Date du jugement de cession souhaitée
  19. Date de réalisation effective de la cession
  20. Mention 5 : niveau et perspectives d'emploi
  21. Le niveau d'emploi proposé
  22. Salariés non repris
  23. Perspectives d'emploi
  24. Mention 6 : garanties souscrites
  25. Garanties bancaires
  26. Garanties personnelles
  27. Garanties sur actifs
  28. Polices d'assurance
  29. Mention 7 : prévisions de cession d'actifs sur 2 ans
  30. Que mentionner ?
  31. Conséquence d'une omission
  32. Mention 8 : durée des engagements
  33. Erreurs courantes qui rendent l'offre fragile ou irrecevable
  34. Erreur 1 : prix conditionnel ou ambigu
  35. Erreur 2 : périmètre social vague
  36. Erreur 3 : conditions suspensives multiples
  37. Erreur 4 : annexes manquantes
  38. Erreur 5 : mention 7 omise
  39. Erreur 6 : signature non habilitée
  40. Modèle structuré commenté
  41. Le rôle de l'avocat spécialisé
  42. Conclusion

L'article L642-2 du Code de commerce structure le contenu obligatoire de toute offre de reprise dans le cadre d'un plan de cession. Une offre qui ne contient pas l'ensemble des mentions énumérées par cet article s'expose à l'irrecevabilité — peu importe la qualité du projet ou le sérieux du repreneur. Voici la décomposition précise des mentions, leur portée juridique, et les erreurs courantes.

Article informatif. Ce contenu décrit la structure imposée par l'article L642-2 du Code de commerce sur la base du texte officiel en vigueur. La rédaction d'une offre de reprise nécessite l'intervention d'un avocat spécialisé en procédures collectives — ce guide ne s'y substitue pas.

Pourquoi l'article L642-2 est central#

L'article L642-2 du Code de commerce est la pierre angulaire de toute offre de reprise déposée dans le cadre d'un plan de cession (en RJ avec plan de cession L631-22 ou en LJ avec poursuite d'activité L641-10). Il remplit deux fonctions juridiques :

  1. Garantir la complétude de l'information transmise au tribunal pour qu'il puisse arbitrer entre offres concurrentes
  2. Engager juridiquement le repreneur sur des éléments précis qui deviendront opposables après le jugement de cession

Le tribunal vérifie systématiquement la présence des mentions au moment de l'examen des offres. Une offre incomplète peut être déclarée irrecevable, ou voir sa crédibilité fortement entamée dans la comparaison avec les concurrentes. C'est l'un des points où les repreneurs novices se font le plus souvent piéger : une offre avec « périmètre à préciser ultérieurement » ou « prix à déterminer selon inventaire » est juridiquement fragile.

Pour la mécanique générale du plan de cession et le calendrier, voir notre guide sur la LJPA et l'article L641-10. Pour la rédaction pratique de l'offre, notre guide pour rédiger une offre de reprise au tribunal.

Le texte de l'article L642-2#

L'article L642-2 du Code de commerce dispose :

Toute offre doit être écrite et comporter l'indication :

  1. De la désignation précise des biens, des droits et des contrats inclus dans l'offre ;
  2. Des prévisions d'activité et de financement ;
  3. Du prix offert et de ses modalités de règlement, la qualité des apporteurs de capitaux et, le cas échéant, de leurs garants. Si l'offre propose un recours à l'emprunt, elle doit en préciser les conditions, en particulier de durée ;
  4. De la date de réalisation de la cession ;
  5. Du niveau et des perspectives d'emploi justifiés par l'activité considérée ;
  6. Des garanties souscrites en vue d'assurer l'exécution de l'offre ;
  7. Des prévisions de cession d'actifs au cours des deux années suivant la cession ;
  8. De la durée de chacun des engagements pris par l'auteur de l'offre.

Examinons chacune de ces mentions, leur portée juridique et les erreurs courantes.

Mention 0 : l'identité du candidat (préalable juridique)#

L'identité du candidat n'est pas une mention listée par L642-2, mais elle est juridiquement indispensable : sans elle, l'offre n'a pas d'auteur identifiable et ne peut être traitée. Elle se présente :

  • Si personne physique : nom, prénom, date et lieu de naissance, nationalité, adresse, profession
  • Si personne morale : dénomination, forme juridique, RCS, capital social, siège social, représentant légal et son habilitation à signer
  • Si société de reprise en cours de constitution : statuts en projet en annexe, engagement personnel du fondateur de constituer la société dans un délai défini

L'éligibilité du candidat (article L642-3 — débiteur, dirigeants, parents/alliés 2e degré et contrôleurs exclus) doit également être vérifiée avant tout dépôt — voir notre guide sur la LJPA.

Mention 1 : désignation précise des biens, droits et contrats#

L'offre doit lister précisément ce qu'elle propose de reprendre :

Les actifs corporels#

  • Matériel professionnel (par catégorie ou liste)
  • Mobilier
  • Véhicules (par immatriculation)
  • Stocks
  • Immobilier le cas échéant

Les actifs incorporels#

  • Marques (avec numéros INPI)
  • Brevets
  • Noms de domaine
  • Fichier client
  • Logiciels propriétaires
  • Goodwill / clientèle

Les contrats inclus#

  • Contrats clients (top 10 du CA, listés ou par catégorie)
  • Contrats fournisseurs critiques
  • Bail commercial (cessible par le tribunal au titre de L642-7)
  • Contrats de travail repris (lien avec mention 5)
  • Licences et autorisations

Les contrats exclus#

La précision passe aussi par ce qui n'est pas repris. Les offres bien rédigées listent explicitement les contrats que le repreneur ne reprend pas — typiquement : contrats à clauses change of control problématiques, contrats déficitaires, contrats hors périmètre stratégique.

La formulation « tous les actifs et contrats nécessaires à l'activité » est trop vague pour être recevable juridiquement. Le tribunal et le liquidateur ont besoin d'une liste précise, généralement en annexe avec un format tabulaire numéroté.

Mention 2 : prévisions d'activité et de financement#

Cette mention vise à démontrer la viabilité économique du projet. Elle se compose de :

Prévisions d'activité (business plan synthétique)#

Sur 2 à 3 ans (voire 5 ans selon le dossier) :

  • Chiffre d'affaires projeté (avec hypothèses)
  • Marge brute / EBITDA / résultat net
  • Effectif prévisionnel
  • Investissements prévus

Prévisions de financement (plan de financement)#

Tableau précis :

  • Prix d'acquisition + frais (notaire, avocat, formalités)
  • Besoin en fonds de roulement post-reprise
  • Sources de financement détaillées (apport personnel, prêt bancaire, prêt Bpifrance, crédit-vendeur éventuel, prêt d'honneur)
  • Tableau d'amortissement de la dette

Le tribunal vérifie surtout la cohérence interne : si le BFR provisionné est trop faible, ou si les flux de trésorerie ne couvrent pas les remboursements, l'offre est jugée fragile.

Mention 3 : prix offert et modalités de règlement#

Mention la plus regardée par le tribunal et les créanciers.

Le prix#

  • Chiffré, ferme et inconditionnel
  • Décomposition possible par catégorie d'actifs (matériel + stocks + incorporels + bail)
  • Pas de prix « jusqu'à X € selon inventaire » : formulation jugée non conforme par la jurisprudence

Les modalités de règlement#

  • Cash à la signature (le plus apprécié par les créanciers)
  • Échelonnement éventuel (rare en LJ, plus fréquent en RJ avec plan de cession)
  • Crédit-vendeur éventuel (à formaliser)

Qualité des apporteurs de capitaux#

L'article L642-2 exige de préciser qui apporte les capitaux — épargne personnelle, prêt bancaire (banque nommée), prêt Bpifrance, fonds d'investissement éventuels.

Conditions d'emprunt si applicable#

Si l'offre repose en partie sur un emprunt, les conditions doivent être précisées : montant, durée, taux indicatif, organisme prêteur, statut de l'accord (de principe ou ferme). Une offre déposée sans accord de principe bancaire est souvent jugée fragile.

Pour le détail des leviers de financement à mobiliser et les structures de montage, voir notre guide complet du financement de reprise PME et notre guide des aides au financement reprise.

Mention 4 : date de réalisation de la cession#

L'offre doit indiquer quand le repreneur souhaite que la cession soit prononcée et exécutée. Deux dimensions :

Date du jugement de cession souhaitée#

Vous proposez une date d'audience du plan de cession compatible avec votre calendrier (financement bouclé, structure juridique en place). En LJPA, cette date doit s'inscrire dans la fenêtre L641-10 (3 à 6 mois max).

Date de réalisation effective de la cession#

Souvent quelques jours à quelques semaines après le jugement (formalités, transfert des fonds, prise de possession). À indiquer pour cadrer les attentes.

Mention 5 : niveau et perspectives d'emploi#

C'est souvent le critère le plus discriminant dans le choix du tribunal entre offres concurrentes.

Le niveau d'emploi proposé#

  • Liste nominative des salariés repris (annexe préférable)
  • Ou liste par catégorie professionnelle (cadres, techniciens, ouvriers, administratifs) avec nombre par catégorie
  • Conditions de reprise : maintien de l'ancienneté, conventions collectives, salaires inchangés ou ajustés

Salariés non repris#

Justification du périmètre social : poste supprimé, fonction non poursuivie, redondance. Le tribunal peut autoriser des licenciements pour motif économique dans le périmètre, selon la procédure de l'article L631-19 applicable par renvoi en cession.

Perspectives d'emploi#

Vision sur 12-24 mois :

  • Maintien des effectifs repris
  • Embauches éventuelles prévues
  • Engagement de stabilisation post-cession

Mention 6 : garanties souscrites#

L'article L642-2 6° exige la mention des garanties souscrites pour assurer l'exécution de l'offre. Plusieurs catégories possibles :

Garanties bancaires#

  • Caution bancaire à première demande sur le prix de cession
  • Lettre d'engagement bancaire confirmant la disponibilité des fonds
  • Séquestre bancaire éventuel

Garanties personnelles#

  • Engagement personnel du candidat (en cas de société de reprise)
  • Caution solidaire éventuelle

Garanties sur actifs#

  • Sûretés que vous accepterez en faveur des banques (gage sur matériel, hypothèque sur immobilier)
  • Cautionnement Bpifrance (qui sécurise la banque, pas le tribunal)

Polices d'assurance#

  • Engagement de souscription dès la cession (RC pro, multirisque, homme-clé)

L'objectif n'est pas de tout couvrir, mais de démontrer au tribunal la solidité financière de l'offre. Une offre sans aucune garantie mentionnée est jugée fragile.

Mention 7 : prévisions de cession d'actifs sur 2 ans#

Cette mention, parfois oubliée par les repreneurs novices, a une importance juridique réelle.

L'article L642-2 7° exige de préciser les actifs que le repreneur envisage de céder dans les 2 années suivant la cession. Cette obligation vise à :

  • Empêcher les opérations de dépeçage d'actifs immédiatement après reprise (qui contreviendraient à l'esprit du plan de cession)
  • Informer le tribunal sur les transformations envisagées du périmètre

Que mentionner ?#

  • Si vous envisagez de vendre un site secondaire, un brevet non exploité, une filiale non stratégique : à mentionner
  • Si vous envisagez de fermer une activité non rentable : à mentionner
  • Si vous n'envisagez aucune cession d'actifs : indiquez explicitement « aucune cession d'actifs prévue dans les 24 mois suivant la cession »

Conséquence d'une omission#

Une cession d'actifs significative dans les 24 mois post-reprise sans mention initiale peut être contestée si elle apparaît contraire aux engagements pris dans l'offre. Soyez transparent dès le dépôt.

Mention 8 : durée des engagements#

L'article L642-2 8° impose de préciser la durée de chacun des engagements pris par l'offre. Engagements typiques :

  • Maintien de l'effectif repris sur 12 à 24 mois (parfois 36 mois)
  • Poursuite de l'activité sur 2 à 5 ans
  • Investissements prévus dans les 12 à 24 mois
  • Maintien de la marque ou du nom commercial
  • Maintien de l'implantation géographique

Ces durées sont opposables une fois l'offre retenue et inscrites dans le jugement de cession. Ne sur-promettez pas — un engagement non tenu peut générer un contentieux post-cession.

Sobriété recommandée : un engagement crédible et tenu vaut mieux qu'un engagement excessif et non respecté. Les repreneurs qui s'engagent à maintenir 35 emplois sans business plan le supportant sont souvent recadrés à l'audience par le juge-commissaire ou le procureur.

Erreurs courantes qui rendent l'offre fragile ou irrecevable#

Erreur 1 : prix conditionnel ou ambigu#

« Prix de 200 000 € sous réserve d'inventaire » → formulation à risque. Préférer : « Prix ferme de 200 000 €. Si l'inventaire physique révèle un écart de plus de 15 %, le repreneur se réserve le droit de retirer son offre dans les 48 heures suivantes. »

Erreur 2 : périmètre social vague#

« Reprise d'environ 25 salariés » → rejet probable. Le tribunal et le procureur exigent une liste nominative ou une décomposition précise par catégorie professionnelle.

Erreur 3 : conditions suspensives multiples#

Plusieurs conditions cumulées (obtention du prêt, accord du bailleur, validation d'un investisseur extérieur) fragilisent l'offre. Le tribunal préfère une offre ferme avec conditions résolutoires limitées.

Erreur 4 : annexes manquantes#

L'accord de principe bancaire, l'attestation de l'expert-comptable sur l'apport, le KBIS de la société de reprise (ou les statuts en projet), le CV du repreneur — toutes ces pièces doivent être annexées. Une offre sans annexes est suspecte.

Erreur 5 : mention 7 omise#

Beaucoup de repreneurs oublient d'indiquer les prévisions de cession d'actifs sur 2 ans. Mention obligatoire — à indiquer explicitement, même si vous prévoyez « aucune cession ».

Erreur 6 : signature non habilitée#

Si vous reprenez via une société (existante ou en cours de constitution), seule la personne habilitée peut signer (président de SAS, gérant de SARL, fondateur en cours de constitution). Une signature inappropriée rend l'offre irrecevable.

Modèle structuré commenté#

Pour la trame complète d'une offre L642-2 conforme, avec les annexes types et les formulations recommandées, voir notre guide pour rédiger une offre de reprise au tribunal. Ce guide détaille :

  • Plan d'offre type sur 8-12 articles
  • Annexes obligatoires (business plan, plan de financement, accord bancaire, attestations)
  • Formulations recommandées par section
  • Calendrier de rédaction sur 7-10 jours

Le rôle de l'avocat spécialisé#

La rédaction d'une offre conforme à L642-2 nécessite l'intervention d'un avocat spécialisé en procédures collectives — pas un avocat M&A généraliste. Les nuances :

  • Vérification de l'éligibilité au regard de L642-3
  • Formulation des mentions selon les usages judiciaires locaux (chaque tribunal a ses préférences)
  • Anticipation des questions du juge-commissaire et du procureur
  • Articulation avec le bail commercial (L642-7) et les contrats en cours (L641-11-1)

Coût indicatif d'un avocat spécialisé pour une offre standard : 5 000 à 15 000 €. Investissement non négociable pour la sécurité juridique du dossier. Pour la préparation de l'audience qui suit, voir notre guide de l'audience de cession à la barre.

Conclusion#

L'article L642-2 du Code de commerce structure le cœur de toute offre de reprise. Ses 8 mentions obligatoires (plus l'identité formelle du candidat) ne sont pas une formalité : chacune est juridiquement nécessaire, et leur respect conditionne la recevabilité du dossier. Au-delà de la lettre du texte, c'est aussi une discipline de pensée : décrire précisément le périmètre, chiffrer le prix, prouver le financement, engager l'effectif, garantir l'exécution.

Ce niveau de précision n'est pas atteignable sans un avocat spécialisé en procédures collectives. Les tribunaux comparent les offres entre elles, et celle qui démontre la maîtrise de L642-2 part avec une longueur d'avance — peu importe le prix.

Pour comprendre l'écosystème complet du parcours barre, consultez la pillar page de la reprise à la barre.

Questions fréquentes

  • L'article L642-2 du Code de commerce dispose que toute offre de reprise dans le cadre d'un plan de cession doit être écrite et comporter une série d'indications obligatoires : désignation des biens et contrats, prévisions d'activité et de financement, prix et modalités, date de réalisation, niveau d'emploi, garanties, prévisions de cession d'actifs, durée des engagements.

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